—C'était elle! dit une autre voix plus étonnée encore.

—Caroline! que venez-vous faire ici? Sortez donc, monsieur; ce ne sont que des femmes, et elles vous connaissent assez toutes deux, j'imagine, pour ne pas être effrayées à votre aspect. Paraissez! venez les rassurer.

Édouard se montra à Léonide et à Caroline.

Il s'écoula un temps assez long avant qu'aucune des quatre personnes présentes à cette scène osât ouvrir une explication.

Assise sur le bord de la Table, Léonide laissait pendre ses bras le long de son corps, étouffée par son émotion, toute chargée de peur, d'amour et de mépris.

Les bras jetés autour du cou de M. Clavier, Caroline cachait sa tête blonde sur la poitrine du vieillard qui, la serrant de sa main gauche, fit signe à Édouard, de la droite, de reprendre la place qu'il occupait d'abord.

—Qu'allez-vous faire? s'informa Léonide.

—Reprendre nos différends où nous les avions laissés quand vous êtes venues. Vous ne prétendez pas vous y opposer?

—Mademoiselle de Meilhan! on va tuer M. Édouard: ne le souffrons pas! défendons-le; est-ce que nous sommes ici pour le voir mourir? C'est vous qu'il aime, vous le savez bien, ce n'est pas moi. C'est la vérité, mademoiselle. Aidez-moi à le sauver; et vous, fuyez, Édouard! La forêt est pleine d'hommes armés qui vous cherchent; la gendarmerie est depuis hier à votre poursuite. Oh! mon Dieu! parlez-moi. Vous vous taisez tous. Éloignez cette arme, vous, monsieur. Rien, ni l'un ni l'autre. Vous voulez donc mourir, vous, Édouard? vous voulez donc qu'on le tue, vous, mademoiselle? C'est pour vous que je parle; faites-moi écouter: joignez-vous à moi. Priez aussi.

—Vous l'aimez donc, madame? dit en montrant un côté de sa figure inondée de larmes, Caroline qui restait toujours attachée autour du cou de M. Clavier.