—Et où l'avez-vous connu?
—Au bal de Senlis, et j'ai achevé la connaissance ce soir même dans la forêt, à la Table-du-Roi.
Si M. Clavier n'eût parlé avec tout son sang-froid ordinaire, Maurice l'aurait cru fou. Édouard au bal! Un rendez-vous dans la forêt!
—Dans ce moment, continua M. Clavier, il traverse les bois qui sont entre Chantilly et Paris. S'il est à Paris avant le jour, ainsi que je l'espère, il aura évité d'être pris par la gendarmerie.
—Mais où donc l'avez-vous quitté, et pourquoi étiez-vous avec lui?
—La circonstance qui nous a mis face à face, lui et moi, dans la forêt, ne vaudrait guère la peine d'être divulguée si elle n'expliquait ma présence chez vous à cette heure. Monsieur Édouard et moi avions une affaire d'honneur à vider. Nous avons été dérangés au milieu de la partie par des gendarmes qui le poursuivaient.
Un rocher se détacha de la poitrine de Maurice. La dernière obscurité de la conduite d'Édouard s'évanouissait; Édouard ne s'était obstiné à retarder son voyage de Paris qu'afin de ne pas manquer à ce duel: cela devenait évident. Il osa interroger M. Clavier.
—Et pourquoi ce duel?
—Je répondrai à votre question par un reproche, Maurice. Quoi! vous cachiez ce jeune homme chez vous, vous mesuriez ses pas; il n'avait pas une pensée qu'il dût naturellement vous taire, et vous ne m'avez pas averti.
—Le pouvais-je? Ce matin seulement son amour pour mademoiselle de Meilhan m'a été révélé.