—De qui le tenez-vous, Maurice, cet aveu?
—De lui-même, forcé qu'il était d'éclaircir devant moi le motif qui s'opposait à ce qu'il partît sur-le-champ de Chantilly, lorsque je l'exigeais.
—Voilà qui se déroule à merveille, pensa de son côté M. Clavier. La scène du bal aura été rapportée à Maurice; une explication foudroyante s'en sera suivie entre lui et sa femme; la conclusion aura été le départ immédiat de M. de Calvaincourt. Maurice sait tout; mes restrictions seront comprises.
—Ce jeune homme, poursuivit-il, résume en lui la bravoure et l'ignominie de sa caste.
—N'êtes-vous pas trop dur pour lui?
L'adoucissement parut étrange à M. Clavier dans la bouche de Maurice.
—Trop dur! quand il a détruit pour jamais le repos de mademoiselle de Meilhan, le mien. Que va-t-elle devenir, dites?
—Nous étoufferons avec prudence, rassurez-vous, l'éclat de cette faiblesse; cela n'est ni impossible ni difficile. Personne ne connaissait ici monsieur Édouard. Par quelle conjecture s'élèverait-on à la supposition de leur intimité?
Tristement, et en secouant les pans de son manteau, où la neige commençait à fondre, M. Clavier répondait après une pause:
—Le mal est plus grand que nous ne pensons. Mademoiselle de Meilhan aime ce jeune homme; elle l'aime beaucoup et de tout l'attachement dont elle n'a pu se défendre pour un proscrit, beau, d'un rang surtout qui le rehausse à ses yeux. Il y a un caractère de tristesse incurable dans l'abattement de son visage, depuis la scène du duel de ce soir...