Qui sait quelle blessure intérieure se fit ce jeune homme en avançant ce mensonge.

Il sourit ensuite avec fatuité.

Et que de choses passèrent à travers l'imagination de Maurice en un instant!

M. Clavier n'a donc plus à récriminer contre Édouard; à défaut, il rabattra la moitié de sa colère sur Victor; mademoiselle de Meilhan a eu deux amants: Édouard et Victor. Quel est le père de l'enfant qu'elle porte? Il se noie dans cette bourbe.—Enfin Maurice s'arrête à cette conclusion, qu'il vaut mieux, dans le doute, que Victor soit le mari de mademoiselle de Meilhan qu'Édouard, par la raison que M. Clavier consentira plutôt à accepter l'un que l'autre; à tout prendre, mademoiselle de Meilhan aura un parti; et son beau-frère parviendra à la plus haute réalisation de ses vœux d'ambition. A quoi bon dire à Victor dans un pareil moment: Édouard est aussi l'amant de mademoiselle Caroline, et il m'a fait la même confession que toi.

—Tu seras présenté par moi à monsieur Clavier, puisqu'il en est ainsi, Victor, lui dit Maurice, excédé par les surprises dont il avait été si rudement heurté, et sans respirer un instant, depuis son entrevue avec le conventionnel.

—A la bonne heure, Maurice! Dieu soit loué! j'ai enfin retrouvé un frère en toi! Tu seras de la prochaine noce, j'espère bien.

—Je le pense.

—Et le parrain de l'enfant. Vois! tu seras mon associé, mon beau-frère, mon témoin, mon ami et mon compère.

Sur ce mot de compère, Maurice chercha si ce n'était pas une raillerie que Victor lui envoyait au visage.

Victor ne raillait pas le moins du monde, sa joie était sérieuse.