—Je n'ai rien lu, Maurice, calme-toi; quelles idées as-tu? Mademoiselle de Meilhan m'a appris..... car je la vois, je lui parle, je lui écris depuis quelques mois. Le service que je te demandais n'était qu'une démarche de convenance à faire auprès de M. Clavier..... je t'aurais mis d'abord au courant de mes relations avec mademoiselle Caroline, si je n'avais été intimidé par ton air fâché, quand, sur mes paroles mal comprises, tu as imaginé, et rien n'est plus faux, que Léonide m'avait ménagé des intimités.

—Et mademoiselle de Meilhan t'aime! toi! tu en es sûr, Victor, bien sûr?

Maurice, en interrogeant son beau-frère, n'avait plus une figure de ce monde.

—Être aimé est un avantage, Maurice, je te le répète, qu'on avait quelquefois le tort de ne pas sentir. Si je l'ai obtenu, je n'en suis fier que pour te convaincre de ce qu'il y avait de naturel dans mes prétentions, si monstrueuses à t'entendre.

Indigné des paroles de Victor, Maurice, poussé à bout, s'écria:

—Mais sais-tu bien?... Qu'allais-je dire? Et si c'était lui?..... après tout..... Mais Édouard pourtant qui m'a révélé l'état de Caroline?.... Les aurait-elle écoutés tous les deux? Il paraît que le monde est ainsi fait, mon Dieu!

Sur l'exclamation délirante de Maurice, Victor avait pénétré comme par une brèche dans un amas de ténèbres. Toutes les réticences de son beau-frère, rapprochées avec une lucidité diabolique, commentées, forcées, éclaircies l'une par l'autre, lui avaient donné le vrai sens de la pensée que Maurice tenait à cacher le plus soigneusement.

—Écoute, Maurice, lui dit-il en se jetant sur sa pensée comme un tigre sur un enfant endormi, écoute, nous sommes encore assez jeunes tous deux pour nous comprendre et pour nous excuser. Mademoiselle de Meilhan ne s'appartient plus.

—Je ne pensais pas que ce fût là ton secret, Victor, le tien propre.

Sans afficher la moindre émotion, Victor répondit avec un indéfinissable son de voix:—C'est mon secret!