—Ce n'est pas cela, s'écrièrent les clients. Venus ensemble, nous resterons ensemble: le retard sera pour tous.

—Soit, dit rapidement Victor; et comme il vous plaira. Partez, restez, réglez, liberté entière; mais toujours le dîner à huit heures. D'ici là, repos à l'auberge, promenade au château: c'est entendu.

—Oui: c'est entendu.

Et toute la clientèle rustique, ballottée par les raisonnements captieux de Victor, friande d'un festin en perspective, heureuse de se goberger sans bourse délier, sortit pour se répandre par tout le bourg, d'heure en heure plus inquiet des bruits que le vent apportait de Paris.

—Que vas-tu faire maintenant, Victor? Victor!

—Ce que je t'ai dit: acheter des rentes pour rien; les revendre, en centupler le prix si le gouvernement résiste; périr s'il périt.

—Mais que vais-je devenir avec ces gens sur les bras, qui me demanderont ma femme?

—Léonide! ne t'en occupe pas. Ne songe à rien, ne pense à rien: seulement à ce dîner! Que rien n'y manque, ni les mets, ni les vins, ni les liqueurs; entends-tu? D'ici à huit heures, il y aura du changement pour nous!

—Tu es un démon, Victor!

—Soit! Mais je cours à Paris. En deux heures et demie j'y serai: il sera trois heures à mon arrivée. Si, à huit heures, ce soir, je ne suis pas de retour, sois sûr que je serai mort en route ou qu'il n'y a plus d'espoir de nous tirer jamais du précipice au fond duquel je ne nie pas que nous ayons roulé.—Adieu, Maurice!