—Adieu, Victor! c'est peut-être notre dernière entrevue dans ce monde; si tu croyais à une vie...

—Je crois aux révolutions qui font baisser la rente de six francs, et aux restaurations qui la remettent au pair.

Victor était déjà à cheval, il était déjà loin, il n'était déjà plus à Chantilly.

Seul dans son cabinet, comme le condamné à mort dans sa prison, Maurice n'eût pas été plus triste si l'échafaud eût été dressé devant sa porte.

Il fut perdu longtemps dans l'idée de son prochain anéantissement; il n'en sortit en sursaut qu'aux cris d'un autre bulletin de Paris, car d'heure en heure, échelonnés sur la route par le gouvernement et par les partisans de l'insurrection, des vendeurs de nouvelles criaient et répandaient dans la campagne les événements qui se succédaient dans la capitale.

Maurice s'approcha de la fenêtre, et la voix du crieur lui jeta ces mots:

«Voilà du nouveau, de l'intéressant! Le parti républicain s'est rendu maître des rues de la Verrerie, du cloître Saint-Merry et des ruelles aboutissantes. Il s'est emparé d'une pièce de canon dont il espère pouvoir faire usage. Le télégraphe de Montmartre a été brûlé. Hésitation des troupes.»

—Bien! très bien! s'écria Maurice en frappant du pied. De la résistance! toujours des combats! tuez-vous! tuez-vous! Que le cheval de Victor s'étouffe dans les cendres en cherchant Paris disparu!

Tout à coup un second crieur reprit d'une voix différente:

«Victoire des troupes sur les révoltés, poursuivis et exterminés dans les maisons du quartier des Arcis. Leurs plans déjoués. Mort de leurs principaux chefs. Carlistes trouvés dans leurs rangs. Conspiration ourdie par les Vendéens et les républicains, prouvée par des papiers trouvés sur les cadavres des rebelles.»