—C'est nous qui l'invitons et non pas lui qui nous invite.
—Buvons pour notre argent!
—Et pour l'intérêt de notre argent.
—De ce vin, à moi!
—De celui-ci, à toi!
—Qui veut de mon bordeaux?
Ces gorgées d'injures, ces railleries avinées, ces sarcasmes qui commencent par un cri et finissent par une bouffée équivoque, ne retentissent pas comme un son intelligent. Ils se répandent comme les taches de vin sur la nappe; ils se glissent comme les os de volailles sous la table; ils se croisent en l'air comme la mousse du Champagne et les bouchons. Celui qui exhale le plus de grossièretés croit être le plus réservé. Il y a confusion dans l'orgie, qui brouille les verres et les cerveaux. La pensée de l'un prend l'organe de l'autre qui n'a plus la conscience de son être. Il coule des paroles; il ne s'en dit pas. Ce ne sont plus des intelligences, mais des robinets. Même désordre à peu près partout. La grosse voix s'est métamorphosée dans l'ivresse; la petite s'est renforcée et surprend même la poitrine dont elle sort. Derrière ce nuage ardent qui s'embraserait s'il ne se dissipait à chaque instant, des dents pétillent de blancheur, des oreilles fument comme des soupiraux par où s'échappent tous les gaz des vins qu'on a bus. Ces tonneaux vivants fermentent et craquent. Inutilement tenterait-on de remonter à la source des menaces et des épigrammes brutales qui sortent de ces futailles mal cerclées. La source est inconnue. Seulement il y a débordement.
—Laisse-moi, Jules, ma vie m'appartient, j'en disposerai.
—Je ne le veux pas.
—Tu m'aimes donc mieux déshonoré que mort?