—Tout ce que vous voudrez, mais n’accouchez pas ici... c’est moi qui vous en prie, attendez encore dix minutes.... Venez, courons au château; mais, par pitié pour moi, je serais la fable de Chantilly! Au non du ciel! n’accouchez pas, n’accouchez pas... Appuyez-vous sur moi, ne craignez pas. Tenez, je serai le parrain de votre enfant; mais n’accouchez pas.
—C’est beaucoup d’honneur!... Mais, monsieur, je ne puis plus marcher.... je ne le puis plus!... Oh! c’est la grande douleur, c’est la dernière... N’est-ce pas, monsieur, c’est la dernière?
—Du diable si je le sais!... Tenez, accouchez, n’accouchez pas, restez ou venez; moi, je pars.
—Dieu vous en tiendra compte, monsieur, de me laisser dans cet état.—Allez, partez.
Rose tomba sur l’herbe.
Santeuil croyait en Dieu: il eut pitié de Rose évanouie. Il courut au château, où il mit tout en rumeur, demanda un médecin, lui raconta sa mésaventure, et se rendit en toute hâte avec lui auprès de la patiente, qui n’avait pas attendu le médecin.
C’était un gros garçon.
Inutile de dire si l’on tympanisa Santeuil. Les dames rougissaient en le regardant, les gentilshommes avaient de sanglantes allusions, les pages firent gorge-chaude de l’aventure, jusqu’aux livrées qui trouvaient qu’il était messéant aux gens de qualité de chasser sur les terres des domestiques. Santeuil n’y tint plus: il voulut d’abord se battre avec toute la maison du prince; ensuite il composa avec les moins acharnés; enfin il descendit à la prière pour réhabiliter son innocence. Il prit les pages chacun à part, et, avec les armes de la persuasion, il essaya de leur faire avouer qu’un d’eux devait être forcément l’auteur de la séduction exercée sur la blanchisseuse. Les pages nièrent, et nul ne tint à honneur d’obliger le désolé Santeuil.
Enfin, quand le scandale déborda, le grand Condé jugea à propos de le faire cesser.
—Monsieur, dit-il à son fils le prince de Bourbon, vous avez séduit la blanchisseuse du château: vous allez lui donner 30,000 liv. de dot, la marier à votre palefrenier, et reconnaître d’avance son fils pour votre louvetier, quoi qu’il en advienne.