—Messieurs, leur dit le roi en se dirigeant du côté de la statue de Girardon, vous allez me dire votre opinion avec franchise, comme vous la dites toujours. Nous avons une observation critique à adresser indirectement à M. le duc d’Antin, parmi les grands éloges dus à l’excellente ordonnance de sa propriété.

—Sire, je me condamne d’avance, répondit le duc.

—C’est ce que je ne vous demande pas, monsieur le duc. Je vous récuse, s’il vous plaît.

—Sire, je me tairai.

On était arrivé devant la statue de Girardon.

Le roi fit quelques pas, et se tournant ensuite vers les courtisans respectueusement attentifs: Messieurs, le socle de cette statue vous semble-t-il en parfait équilibre?

Les personnes consultées par le roi, après avoir regardé long-temps et minutieusement la statue, ne rompaient pas le silence.

—Vous ne répondez pas, messieurs! me serais-je trompé? Cependant mon coup d'œil a été sûr plus d’une fois. Regardez mieux, je vous prie, votre complaisance m’obligera.

Obéissant au désir du roi, les courtisans recommencèrent, à de nouveaux points de vue, à des distances diverses, leur premier examen, trouvé insuffisant.

—Eh bien! messieurs! toujours le même silence? Je suis donc condamné? Je vous rends votre liberté d’opinion, monsieur le duc. Vous-même, dites-nous ce que vous pensez de la position de cette statue, qui nous avait paru pencher vers la droite.