Après avoir égrainé quelques autres phrases gracieuses, le roi baisa la main à la comtesse.

Il veut être seul, pensa madame de Mailly; la trahison s’achève. Une femme l’attend dans le parc. Mon règne est passé.

Elle ne se trompait guère. Le roi n’avait plus pour elle que l’attachement banal de l’habitude, si aisé à rompre, surtout à la cour.

La comtesse de Mailly marcha prudemment derrière les pas du roi en frôlant les premières haies du parterre; bientôt elle fut comme lui dans l'épaisseur du parc. Sa curiosité ne tarda pas à être satisfaite: ses prévisions l’avaient bien servie.

Bientôt elle entendit dans l’allée voisine des pas doubles sur le gazon et deux voix qui se répondaient sous l’ombre des tilleuls. Elle écouta de toutes les forces concentrées de son attention, le cœur palpitant, l’oreille collée au mur de feuillage qui la cachait.

Le roi disait: Vous êtes bien belle, mademoiselle: pourquoi ne brilleriez-vous pas à la cour, où vous seriez l’admiration de tout le monde et mon adoration secrète? Venez-y! votre place y est marquée. La reine a besoin d’une dame d’honneur; l’emploi vous sera offert demain, acceptez-le pour l’amour de moi.

Il y eut un silence et le froissement d’un baiser sur un gant.

Madame la comtesse de Mailly fut blessée au cœur par le dard de l’ambition et de la jalousie. Honte et douleur! elle avait reconnu la femme à qui le roi avait ainsi parlé.

Après d’autres dialogues de plus en plus vifs, le couple se sépara brusquement: un bruit s'était fait entendre. Le roi passa d’un côté, sa compagne de l’autre. Madame de Mailly suivit les pas du roi.

La surprise est charmante, en effet, pensa le roi; mais quelle est cette ombre qui se dirige vers moi en agitant un éventail? C’est jour de bonheur aujourd’hui. On dirait madame de Lauraguais à sa démarche.