—Oui! votre majesté serait-elle assez généreuse pour m’expliquer le motif de ma présence ici, quand rien, j’ose le dire, ne m’a fait solliciter cet honneur?

—Encore un zélé maladroit, pensa Louis XV. Il paraît qu’on m’aura entendu louer les attraits de la marquise de Flavacourt, et voilà qu’on la conduit par force à mon souper de Petit-Bourg! Je suis trop bien servi aujourd’hui.

—Madame la marquise, répondit le roi, peu habitué à se déconcerter dans les aventures de ce caractère, on aura commis une erreur dont je rechercherai la cause, quoique, je l’avoue, il me soit pénible de m’en plaindre.

—Des hommes ont renversé mon cocher, un d’eux s’est emparé du siége, et j’ai été menée à ce château, dans ce parc. Je suis une de Nesle, marquise de Flavacourt!

—Je vais vous faire reconduire chez vous, madame la marquise, avec tous les honneurs respectueux dus à votre personne. Mes valets vous escorteront avec des flambeaux.

—Ces marques de respect, sire, me touchent beaucoup; mais ce trop d’honneur obtenu pourrait m’en faire perdre davantage. Permettez que je me retire sans bruit, et satisfaite de la réparation que votre majesté daigne me donner.

—Je vous dois encore quelque faveur plus grande, charmante marquise, reprit Louis XV, qui, revenant à la galanterie malgré sa dignité affectée, ignorait qu’auprès de lui la comtesse de Mailly, et ses deux sœurs, celle qui devait être bientôt la comtesse de Vintimille et la duchesse de Lauraguais, trois femmes! l'écoutaient avec un égal dépit et un désir égal de voir comment le roi et la marquise de Flavacourt se sépareraient.

—Sire, je n’attends de votre majesté qu’une grâce, celle de me permettre de ne point accepter la proposition qui m’a été faite aujourd’hui par la reine.

—Parlez!

—Depuis long-temps, sire, j’avais renoncé à paraître à la cour, et vous savez pour quelle raison je n’ai pas déguisé ma répugnance. Ma sœur la comtesse de Mailly n’est pas votre femme. Aujourd’hui la reine m’offre la place de dame d’honneur, et je me trouve brutalement traînée à Petit-Bourg: souffrez que je n’interprète pas cette double circonstance. Je penserais que le choix de la reine a été mis à prix par certains favoris, sans consulter ni votre majesté, ni la reine, ni moi. Maintenant je profite de votre permission, et me retire.