Et les trois autres femmes cachées dans l’ombre de dire:
La comtesse de Mailly: C’est fini! On conspire contre moi. Me remplacer par ma sœur Hortense! Et le roi qui a de l’affection pour toutes les trois?
La future duchesse de Vintimille murmurait: Si ma sœur, la comtesse de Mailly, entendait cela!
Et si mes sœurs les comtesses de Vintimille et de Mailly étaient ici! disait madame de Lauraguais.
—Adieu donc, madame la marquise! dit le roi à madame de Flavacourt, et croyez bien en partant que c’est moi qui ai couru le plus grand danger.
Cette dernière conversation avait ramené le roi et madame de Flavacourt tout près du château. Tandis que celle-ci allait regagner la grande allée qui aboutit à la grille placée sur le chemin de Fontainebleau, et que le roi foulait déjà les marches du perron, des hommes portant des flambeaux paraissent au seuil de la porte, et au milieu d’eux ils laissent voir tous les gentilshommes et toutes les dames du souper. On venait lui présenter la belle duchesse de Châteauroux, qui accourait de Paris pour remercier le roi d’avoir contribué à la faire nommer dame d’honneur de la reine.
Et les cinq sœurs se trouvèrent en présence: la comtesse de Mailly, sa sœur Félicité, plus tard comtesse de Vintimille, la duchesse de Lauraguais, la marquise de Flavacourt et la duchesse de Châteauroux, toutes les cinq filles du marquis de Nesle.
Louis XV aima les cinq sœurs. On dit qu’il ne fut aimé que de quatre; la cinquième, la marquise de Flavacourt, résista au roi. C’est la seule dont l’histoire ne se soit pas occupée.
La possession de Petit-Bourg par madame la duchesse de Bourbon se rattache à une date peu éloignée de 1750. Jusqu'à la révolution française, cette princesse, aussi douce, aussi bonne qu’aimable et que jolie, ajouterons-nous, si nous nous en rapportons à la mémoire fort complaisante pour nous de quelques gentilshommes du temps, résida fréquemment dans ce château, où sa piété mystique s’exaltait sans obstacles jusqu’aux plus profondes sphères de la rêverie.
Fille du duc d’Orléans, le petit-fils du régent, elle avait épousé le duc de Bourbon, celui dont la fin tragique n’a cessé d'être un problème que pour la justice des tribunaux. La vie de cette femme élevée exercera un jour la plume curieuse de ces bons esprits investigateurs qui relèvent tous les passés de quelque prix et les remettent en honneur. Sa jeunesse ne serait pas la page sérieuse. En 1778, on était peu sérieux encore, et la duchesse n’avait pas vingt ans. Un excès de jalousie lui souffle la mauvaise pensée d’aller au bal de l’Opéra, le mardi gras de 1778. Elle y va pour railler sous le masque madame de Can..., aimée autrefois, aimée encore peut-être du duc de Bourbon. Ce soir-là, M. le comte d’Artois donnait le bras à madame de Can... Tous trois étaient masqués; tous trois se reconnaissent pourtant. Double jalousie au cœur de la duchesse, qui avait été favorablement remarquée, il y avait peu d’années encore, par le comte. Elle poursuit madame de Can..., l’embarrasse, la mortifie, la torture si bien, que la victime du bal abandonne de honte le bras de son cavalier et se perd dans la foule. La partie ne resta plus engagée qu’entre la duchesse de Bourbon et le comte d’Artois. Poussant l’esprit un peu au-delà des bornes permises, la duchesse s’oublia au point d’enlever le masque au sérénissime interlocuteur. Irrité, le comte d’Artois arrache alors celui de madame de Bourbon et le lui lance tout broyé au visage. C'était un soufflet.