Le premier et unique étage du château de Petit-Bourg ne sortant pas de la banalité utile des chambres d’amis, nous en respecterons l’obscurité.
Sauf erreur, nous pensons avoir cité les beautés intérieures de la propriété de M. Aguado; elle ne sera jamais mieux entretenue. Elle est fastueuse, et son faste, quoique d’une date récente, fait honneur à l’intelligence du maître. Sans la bouleverser de fond en comble, il ne lui était guère permis d’en changer le caractère. Il y aurait de l’ingratitude à oublier qu'étranger à notre histoire, il a pris soin de conserver un monument dont les traditions sont sans parenté avec celles de son pays. Là où, sur un signe de sa main puissante, car il est plus riche que beaucoup de souverains, il pouvait faire élever un palais à sa fantaisie, il a mieux aimé laisser subsister un bâtiment dépassé par l’art moderne, insuffisant, incomplet, mais plein à jamais de l’immortelle grandeur de Louis XIV. Si, pour perpétuer le souvenir d’une visite de ce grand roi, qui était le sien, le duc d’Antin abattit une allée d’arbres, M. Aguado, entendant mieux ce qu’on doit à un tel honneur, a conservé le château tout entier.
C’est par la porte qui s’ouvre sur le parc qu’on découvre les indescriptibles richesses d’un paysage déroulé sur tous les points du ciel; et du perron, auquel s’oppose une terrasse tracée dans le goût de celle de Chantilly et de toutes celles qu’a dessinées Le Nôtre, on parvient sans fatigue aux premiers arceaux du parc. Caprice que ratifiera la postérité, les noms des principales allées de cette élégante forêt sont empruntés aux opéras de Rossini, l’hôte illustre, fréquent et bien-aimé de Petit-Bourg. Voilà l’allée Guillaume Tell, l’allée de Sémiramis, l’allée de la Pie voleuse. Nous avons l’espoir qu’il reste encore beaucoup d’allées à nommer, et que Rossini retournera un jour en France.—Connais-tu M. Rossini? ai-je demandé à une petite fille de huit ans qui longeait le mur du parc en se rendant à l'école de la paroisse.—Oui, monsieur, je connais M. Rossini; c’est un monsieur qui rit toujours.
Quelque profond que soit mon respect pour la Charte et l’article où le sacrifice d’une propriété est prévu dans l’intérêt général, je n’ai pu voir sans colère les déplorables dégâts causés au parc de Petit-Bourg par les ouvriers employés au chemin de fer de Paris à Orléans. Ces honnêtes ingénieurs, qui couperaient en deux leur mère si le tracé l’exigeait, ont arrêté que l’embranchement destiné à desservir Corbeil, Melun et Montereau, traverserait la propriété de M. Aguado. Ils ont déchiré son parc à coups de hache et de bêche; un des plus beaux fragmens et un bassin superbe resteront de l’autre côté du rail. Ce triste ruisseau de fer stérilisera une partie de cet admirable terrain, et cela pour que des nuées de Parisiens aillent dans une heure manger du fromage à la crême en Brie, comme si l’on ne devait pas toujours se croire trop près des Parisiens. Triste progrès! Ah! au temps du duc d’Antin, une société d’hommes d’affaires n’eût pas touché à un seul arbre de son parc! il est vrai qu’au temps du duc d’Antin il n’y avait pas de charte constitutionnelle.
Fondateur d’une école et d’un hôpital à Évry, M. Aguado a plus fait pour Petit-Bourg que tous les seigneurs ses prédécesseurs. Et ce bien, il l’a fait sans bruit, sans ostentation, avec la pudeur chrétienne du désintéressement.
FIN.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE DEUXIÈME VOLUME.
| Pages. | |
| VAUX | [1] |
| VILLEROI | [113] |
| VOISENON | [147] |
| PETIT-BOURG | [237] |
FIN DE LA TABLE DU DEUXIÈME VOLUME.