De nouveau la population de la fête se précipita dans les parterres sombres pour jouir du feu d’artifice, dont le foyer principal était le dôme de plomb du château.

Le roi suivit une allée éclairée aux lanternes, la seule qui le fût.

Il se mêla à la foule, qu’amusaient, en attendant mieux, des pots à feu décrivant des courbes du dôme à l’extrémité du parc, et des aigrettes qui pleuvaient en gouttes enflammées, et laissaient dans une profonde nuit.

Ces alternatives de jour et d’obscurité étaient ménagées pour les effets des pièces d’artifice.

L’illumination générale ne devait se produire qu’au signal du roi, après l’explosion des douze girandes ou gerbes.

Au moment où se fit une large percée de lumière, le roi se retourne et aperçoit Fouquet à deux pas derrière lui. Il lui sourit avec une grâce infinie. Sur ce simple sourire, Fouquet éprouve des remords. Il tourne la tête de douleur, mais il la ramène aussitôt avec épouvante en apercevant d’Artagnan, le commandant des mousquetaires, à ses côtés.

Comme cette explosion éblouissante s'éteignait, deux mains différentes saisirent dans les ténèbres les deux poignets de Fouquet, qui sentit son cœur venir à rien. Il ferma les yeux.

En les rouvrant au rapide éclair d’un globe de flamme, il reconnut Gourville à sa droite, Pélisson à sa gauche.

A l’heure du danger le poète était là pour mourir.

Nouvelles ténèbres, nouvelles terreurs. On glisse un papier à Gourville, qui le lit au fond de son chapeau à la lueur d’une bombe. «Fouquet est perdu, il n’a plus qu’une minute. A vous, ses amis, de le sauver.» Gourville avale le papier.