Meâ culpâ, répétait machinalement Pierre.

Cependant le vent de la nuit fraîchissait, et le soleil, sanglant comme une blessure, enluminait de pourpre et de feu ce drame qui se jouait sous le ciel, au milieu de la solitude et du calme.

Enfin, l'émotion étouffa le marquis; il tomba de toute sa longueur sur les cailloux. Dans sa chute, il s’ouvrit la lèvre.

Nous nous hâtâmes de le transporter dans son lit.

—Voilà ce qui arrive, me dit Pierre, chaque fois que monsieur le marquis répète cette malheureuse scène. Il est inconsolable de la perte de son château, qui a été vendu 40,000 francs à la bande noire, sans qu’il lui en soit revenu un sou.

Les avocats et les gens d’affaires ont tout mangé. Ils ne nous ont laissé que les clefs du château.

Et voyez ce que je puis faire avec mon travail! Si monsieur le marquis allait tomber malade; c’est demain la Pentecôte, et il n’a pas de souliers pour se rendre à l’office. C’est la quatrième fois que je les lui raccommode.

—Pierre! vous êtes un digne serviteur: vous serez béni.

Je compris enfin la douleur de Pierre, et nous nous quittâmes en nous serrant la main, confus l’un et l’autre, lui de n’avoir pu empêcher le spectacle dont il n’aurait pas voulu que j’eusse été témoin, et moi de l’avoir provoqué.

Fidèle aux anciens usages, Pierre tint la bride du cheval jusqu'à ma sortie du château, et pesa sur l'étrier.