»JUSTINE FAVART.»

C’est avec ce style que Laclos et Louvet de Couvray écrivirent des romans qui sont restés.

Justine Favart ne se borne pas à ces vives démonstrations d’une amitié tout d’une venue; elle obtient de ne pas suivre la Comédie à Fontainebleau, où résidait la cour, et elle part pour Lunéville, où était son véritable roi, où Favart devait se trouver. Mais, à peine descendue dans cette ville, deux employés à la police tombent chez elle, l’arrêtent, et, sous prétexte de la conduire à Fontainebleau, ils la mènent au couvent des Andelys. Noble conduite du maréchal de Saxe! le mari en exil, la femme au couvent.

L’acte est si odieux, que madame Favart ne pense pas à l’attribuer tout entier au maréchal, quoiqu’elle dise dans la première lettre datée de sa réclusion: Je ne sais où l’on me mène; mais les plus grands supplices ne me feront jamais manquer à la vertu.

Quatre jours après, elle apprend que c’est son père qui l’a fait enfermer, à cause de la prétendue illégalité de son mariage avec Favart. L’honnête M. Duronceray n’admet pas que sa fille ait épousé un homme de rien qui fait des pièces, lui qui faisait de la musique pour vivre!

«J’ai vu la lettre de cachet; c’est mon père qui m’a fait mettre ici. Ne perdez pas un instant; envoyez tous nos papiers chez le ministre, M. d’Argenson, et surtout le consentement de mon père, signé de sa main; c’est le curé de Saint-Pierre-aux-Bœufs qui l’a. Je viens d'écrire à M. le maréchal de Saxe ce qui vient de nous arriver. Je suis sûre qu’il voudra bien s’intéresser à ce qui nous regarde, et nous rendra service dans cette occasion.»

Le service était parfaitement rendu, puisque c'était le maréchal de Saxe qui, d’accord avec M. Duronceray, avait fait cloîtrer madame Favart aux Andelys. L’illégalité du mariage n'était qu’une invention combinée par ces deux honnêtes personnes.

Du couvent des Grands-Andelys, d’où l’on craignait qu’il ne lui fût encore trop facile de faire parvenir ses plaintes, on la transféra au couvent d’Angers, comme une prisonnière d'état, elle dont tout le crime était, non pas de s'être mariée avec Favart, prétexte ridicule employé par un père plus ridicule encore, mais d'être du goût d’un maréchal allemand au service de la France. Plus on la tourmentait loin de son mari, dont le sort l’effrayait, et plus on espérait obtenir d’elle une rançon extrême, et qu’il n’est plus besoin de qualifier. On poussait la galanterie jusque là dans ces temps qu’on juge un peu trop frivoles. Les lettres de cachet, les prisons d'état, les lettres de bannissement, les couvens, sont choses assez sérieuses; et on en usait avec prodigalité, quoiqu’on s’en indignât et qu’on en rît beaucoup, deux signes incontestables de prochaine décadence.

Enfin le véritable auteur de ces basses et cruelles tyrannies, l’Anacréon sabreur, crut qu’il était temps de se démasquer, la plaisanterie ayant été poussée assez loin. Il prit sa plume ou sa cravache, et il écrivit sur ce ton à madame Favart:

LE MARÉCHAL DE SAXE A MADEMOISELLE DE CHANTILLY.