—Qu’y a-t-il? s’informa l’abbé; d’où vient cet effroi? pourquoi cette exclamation?

—Notre grand-père se meurt, et il ne veut pas mourir sans confession.

—Cela ne me regarde pas, mon enfant; c’est l’affaire d’un prêtre.

—Est-ce que vous n'êtes pas prêtre, monseigneur?

—A peu près, répliqua l’abbé de mauvaise humeur et assez interdit, à peu près; mais adresse-toi de préférence au prieur du couvent: il entend mieux cela que moi; tu vois que je chasse. Cours donc au château, sonne au couvent, sonne fort, et réserve-moi pour une meilleure occasion.

—Monseigneur, mon grand-père n’a pas le temps d’attendre; il va passer. Il faut que vous veniez.

—Je te le répète, répliqua l’abbé, confus en lui-même de son refus, je suis en train de chasser; la chose est tout-à-fait impossible.

Il voulut poursuivre son chemin; mais la jeune fille, qui ne comprenait pas les mauvaises raisons de l’abbé, s’attacha à lui; et, le saisissant par les basques de sa redingote, elle le força à se détourner. Éveillés par le bruit de cette conversation matinale, quelques paysans parurent sur le seuil de leurs portes, d’autres aux croisées; et comme un village est une grande botte de foin sec qu’une étincelle embrase, les femmes se réunirent aux maris, les enfans à leurs mères; bientôt toute la population sortit dans les rues, afin d'être au courant de l'événement qui causait tant de rumeur.

Abbé du Jard, seigneur de Voisenon, roi du pays, l’abbé se sentit gagné par une honte profonde au milieu de la foule qui l’entourait, et qui murmurait déjà de son refus aussi irréligieux qu’inhumain.

Il n'était pas inhumain, le pauvre abbé; mais il avait complètement oublié les formules usitées en pareille occasion, et au fond, comme il était indifférent et non hypocrite, sa conscience lui reprochait d’aller absoudre ou condamner un homme, quand il se reconnaissait si peu digne lui-même de juger les autres au tribunal de la confession.