Cependant la nécessité l’emporta sur ses justes scrupules, dont il ne pouvait se servir d’ailleurs comme d’une excuse auprès de ses vassaux; et, la tête basse, le fusil incliné, il se laissa conduire à la chaumière où rendait le dernier souffle le vieillard qui tenait à ne pas mourir sans l’aveu officiel de ses fautes.
Les habitans s’agenouillèrent devant la porte, tandis que l’abbé s’assit auprès du moribond, afin de recueillir ses lentes paroles.
Depuis le malencontreux moment où l’abbé avait été dérangé dans sa chasse, il avait perdu, car il avait des boutades de peur superstitieuse, la fière détermination de ne pas se croire malade ce jour-là. Que de signes de mauvais augure! Il avait trébuché en quittant le château, il avait vu des nuées de corbeaux, une fille éplorée l’avait forcé de se rendre auprès d’un pécheur effrayé; maintenant on disait les prières des agonisans autour de lui, le mourant lui parlait. L’abbé de Voisenon fut ébranlé; sa témérité croula, il eut froid au cœur, ses oreilles furent pleines de tintement, son asthme grogna au fond de sa poitrine. Je suis mal, se dit-il; j’ai eu tort de sortir. Pourquoi suis-je sorti? Ses tristes pensées se mêlèrent aux déchiremens aigus de sa toux; enfin il se pencha sur la tombe ouverte à son côté, il écouta la confession.
—Vous êtes né le même jour que moi! s'écria tout-à-coup l’abbé de Voisenon à la première confidence du pénitent; vous êtes né le même jour que moi! Et il sembla dérober au malade son jaune cadavéreux.
Le moribond poursuivit, et nouvelle frayeur de l’abbé.
—Vous n’avez jamais écouté la messe jusqu’au bout! et moi, se dit l’abbé de Voisenon, qui n’en ai pas ouï le commencement d’une seule depuis plus de trente ans!
Le pénitent ajouta:
—J’ai commis, monseigneur, le grand péché que vous savez.
—Le grand péché que je sais! j’en sais tant! s’avoua l’abbé; quel péché, mon ami?
—Oui! le grand péché..... quoique marié.