Il s'agissait ici d'une reprise de cette pièce,—Cléopâtre ayant été représentée pour la première fois le 13 novembre 1847. Ce jour-là, l'auteur et l'interprète furent dignes l'un de l'autre. Cléopâtre n'est ni une tragédie, ni un drame, mais elle participe à la fois des deux profils du masque dramatique:—tragédie par la dignité de sa démarche, par l'éclatante pureté du style, par le fond sobre et simple sur lequel elle se détache; drame par sa ressemblance avec l'histoire, par la liberté de son allure, par ses fins et splendides détails d'intérieur, de costumes, de vie privée, par le rayon d'Orient qui la colore et l'éclaire. Quel magnifique tableau que celui du deuxième acte où Cléopâtre, couchée sur une estrade au milieu de sa cour de devins et de mages, attend Antoine, et s'ennuie, en l'attendant, de l'immense ennui des reines! Et quel effet produisait, soupirée par Rachel, cette élégie de la zone torride qui ouvre à l'imagination des espaces infinis de tristesse:

Oh! comme l'heure est lente!

Et que cette chaleur sans air est accablante!

Pas un nuage frais dans ce ciel toujours pur,

Pas une larme d'eau dans l'implacable azur.

Ce ciel n'a point d'hiver, de printemps ni d'automne,

Rien ne vient altérer sa splendeur monotone.

Toujours ce soleil rouge à l'horizon désert,

Comme un grand œil sanglant sur vous toujours ouvert.