Lamartine fut si content de sa soirée que, le lendemain, il se présentait chez Rachel, et, ne l'ayant pas trouvée, lui laissait cette lettre:

Paris, avril 1847.

«Mademoiselle,

«Nous sommes allés, Mme de Lamartine et moi, vous exprimer notre admiration toute chaude encore de la soirée de la veille et vous remercier de cette occasion de plus que vous avez bien voulu nous procurer d'applaudir au génie de la poésie, sous la plus sublime et la plus touchante incarnation.

«Je retourne encore ce matin à votre porte, mais, dans la crainte de n'être pas reçu, je prends la liberté de vous y laisser un billet de visite en huit énormes volumes[ [240]. C'est la tragédie moderne qui se présente humblement en mauvaise prose à la tragédie antique. Elle deviendra drame et poème à son tour, et, à ce titre, elle vous appartient de droit, car le drame est l'histoire populaire des nations et le théâtre est la tribune du cœur.

«Recevez, Mademoiselle, avec bonté ce faible hommage de l'enthousiasme que vous semez et que vous recueillez partout et permettez-moi d'y joindre l'expression de mes respectueux sentiments.

«LAMARTINE[ [241]

Le grand poète, en déposant au domicile de Rachel ce «billet de visite», ne se doutait pas que la lecture des Girondins allait enfiévrer l'âme de Rachel et que son enthousiasme se traduirait, en 1848, par le chant de la Marseillaise, sur la scène du Théâtre-Français. Car elle était «peuple», elle aussi, et elle prenait plaisir alors à s'entendre appeler et à signer «la citoyenne Rachel»,—comme en témoigne ce petit mot écrit par elle, un jour, chez le portier de l'hôtel de Delphine:

«Mlle Rachel était venue pour s'informer de la santé de Mme de Girardin et pour lui dire que l'ordre nous venait d'être donné de jouer une tragédie de circonstance,—que, Cinna ayant été choisi pour ma rentrée, mes camarades m'avaient envoyée auprès de Mme de Girardin pour lui annoncer que Cléopâtre serait jouée pour la seconde rentrée de la citoyenne tragédienne.

«RACHEL[ [242]