Et Delphine suivit le conseil de Rachel et fit bien. Les Burgraves, représentés pour la première fois le 8 mars 1843, disparurent assez tôt de l'affiche pour permettre à Judith d'y figurer le 18 avril suivant. La tragédie de Delphine n'eut, d'ailleurs, pas plus de succès que le drame de Victor, malgré Rachel et les beaux vers, car il y en avait, et beaucoup. Le temps n'était plus aux grandes machines bibliques, genre Soumet, et c'est encore notre «grand Alexandre» qui avait inspiré Delphine dans ce malheureux ouvrage. Il lui écrivait, le lendemain de la première représentation:
«Madame et illustre amie,
«... Ne vous laissez pas décourager par une ignoble cabale, votre premier acte est admirable; la scène des Rois, que j'avais entendu blâmer, l'année passée (lors de la lecture), est merveilleusement conduite et produit beaucoup d'effet. Si vous m'aviez engagé d'assister à une répétition, je vous aurais suppliée, et peut-être il en est temps encore, de donner à Mlle Rachel quelques strophes au troisième acte avec des intervalles de musique après la retraite d'Olopherne. Ne vous laissez pas décourager; vous êtes, plus que jamais, notre grande Delphine.
«Héritage sacré, la gloire t'environne!
Deux éclairs de la lyre ont lui sur ta beauté,
Ta mère te berça longtemps sous sa couronne
Dans les souffles divins de l'immortalité.
«ALEX. SOUMET[ [166].»
Cependant, il y eut du froid pendant quelque temps entre Hugo et Mme de Girardin, et il ne fallut rien moins que la catastrophe de Villequier pour faire fondre la glace sous les pleurs.
Je passe vite sur deux ou trois billets du poète qui remontent à l'année 1844[ [167] et j'arrive à une très belle lettre de lui sur Lamartine.