«Les regrets que j'éprouve sont causés autant par les yeux bleus et les blonds cheveux d'une personne qui, je crois, est votre meilleure amie, et dont je ferais volontiers la mienne, que par ces yeux noirs coquets que vous me rappelez, et qui, en effet, m'ont impressionné; mais je ne puis[ [212]

En sorte que Delphine fut obligée, pour ramener l'infidèle, d'inventer tout un petit roman, si tant est que la Canne de M. de Balzac soit autre chose qu'une éblouissante fantaisie. On en connaît l'intrigue légère.

Tancrède Dorimont—le beau jeune homme éconduit trois fois pour sa beauté—est allé à l'Opéra, un soir qu'on jouait Robert-le-Diable. A peine était-il assis dans sa stalle d'orchestre, qu'un objet étrange attira ses regards. Sur le devant d'une loge d'avant-scène se pavanait une canne comme il n'en avait jamais vu, une canne-monstre, tellement colossale qu'elle faisait songer à celle d'un tambour major.

Tancrède, intrigué, prend sa lorgnette et regarde longuement cette canne. C'était une sorte de massue terminée par un énorme pommeau enrichi de turquoises, d'or et de ciselures merveilleuses. Elle brillait cependant moins que les deux yeux noirs qui par instants flambaient au-dessus.

La toile se leva, le second acte commença, et l'homme à qui appartenait cette canne s'avança pour regarder la scène.

—Pardon, Monsieur, dit Tancrède à son voisin, oserais-je vous demander le nom de ce monsieur qui porte de si longs cheveux?

—C'est M. de Balzac.

—Lequel? L'auteur de la Physiologie du mariage?

—Ou, si vous le préférez, de la Peau de Chagrin, d'Eugénie Grandet et du Père Goriot.

—Merci mille fois, Monsieur.