Les amis de Mérigue entendirent les remerciements du commissaire et voulurent plaisanter au sujet des belles phrases de ce vilain homme. Jacques leur imposa silence en disant: «De grâce, messieurs, la rencontre d'un homme de coeur est chose assez rare pour n'en point faire un thème à railleries. Qui peut savoir, en ces temps troublés, si je ne serai pas un jour réduit à l'amitié de M. Gilet?
—Ce n'est pas flatteur pour la mienne, répondit Sermèze.
—Oh! la tienne! fit Jacques, elle est toujours sous-entendue.
Jacques de Mérigue s'était remis avec ardeur à la conquête des étoiles. En dépit de la plaie, toujours saignante, qui lui rongeait le coeur, il avait dirigé vers le travail toutes les forces de sa volonté. Les élections législatives devaient avoir lieu à bref délai et, le scrutin d'arrondissement subsistant encore, le jeune héros limousin comptait briguer le siège afférent à sa circonscription. Il était en train, pour le moment, d'augmenter sa notoriété autant que cela était possible, en prenant la parole dans toutes les réunions parisiennes dont il pouvait avoir connaissance. La lecture du billet de la duchesse l'avait violemment émotionné, mais il n'avait pas eu un instant la pensée d'y répondre d'une façon quelconque. Le nom de ses pères souffleté dans sa personne criait trop haut contre l'auteur de l'outrage; mais il s'était surpris approchant de ses lèvres l'écriture enchanteresse, et il avait voulu se punir d'une seconde faiblesse en déchirant la noble lettre, et en jetant dans la rue ses débris froissés d'une main crispée.
II
LUNE DE MIEL
—Eh bien, ma chère Blanche, disait la comtesse douairière de Vannes d'un ton distrait, tandis qu'elle poursuivait certainement par la pensée le vol de son aiguille sur quelque canevas fantastique; eh bien, ma chère Blanche, es-tu bien contente et bien heureuse?
—Tout à fait, maman.
—Tu me dis cela d'un air peu convaincu.
—Oh! qui vous donne ce soupçon bizarre?