Jacques s'inclina de nouveau.
—Mais enfin, poursuivit la duchesse, vous ne pouvez, malgré tout votre zèle et toute votre éloquence, faire un discours chaque soir. Je vais m'entendre avec mon mari pour vous prier de venir un de ces jours.
Mérigue fit un violent effort sur lui-même.
—Madame, reprit-il, je ne crois pas pouvoir répondre quant à présent au désir bienveillant que vous m'exprimez. Mes travaux considérables, la préparation d'une nouvelle candidature...
—Ah! vous allez vous porter pour la Chambre... Bravo. Toutes nos sympathies seront pour vous... Dieu! qu'il fait chaud dans ce salon, quelle déplorable mode que ces bals pendant l'été. Dansez-vous, monsieur Jacques?
—Jamais.
—C'est dommage, nous aurions valsé! Voulez-vous me conduire au buffet.
Jacques, plus mort que vif, offrit son bras à Blanche sans laisser tomber un mot de ses lèvres. Le buffet était à l'extrémité opposée des salons, et la duchesse de Largeay put marcher près d'un quart d'heure au bras de l'homme qu'elle aimait. Quand ils arrivèrent à la table des rafraîchissements et des victuailles, ils trouvèrent le précieux local encombré monstrueusement. De jeunes dandys montrant leurs dents blanches au sein des plus gracieux sourires, profitaient de la longueur de leurs bras pour faire passer aux jolies femmes des sandwichs et des verres de champagne, et de petits cris de fouines étranglées témoignaient parfois qu'une ou plusieurs gouttes du mousseux liquide avaient chuté sur les bras éclatants ou dans les nuques frissonnantes. De vénérables matrones portaient d'une main tremblante des babas juteux à leur bouche disgracieusement ouverte; de beaux gourmands, décorés de plusieurs ordres, engloutissaient rapidement des pains fourrés au foie gras tout en dévorant des yeux les poulets froids entourés de gelée. De petites dames maigriottes avalaient sans s'en douter des assiettes entières de petits fours aux ananas et de cerises glacées blanches et roses. De vieux Burgraves buvaient des bols de consommé nature et des petits verres de Château-Margaux, tandis que les danseurs exotiques s'attaquaient aux grosses brioches et aux petites tasses de chocolat. Le vicomte d'Escal fut aperçu dévorant à vilaines dents des truffes entières artistement enfilées en des broches d'argent.
—Comment approcher de cet Eldorado où il y a tant d'appelés et si peu d'élus? dit la duchesse à son cavalier muet.
—Veuillez m'indiquer ce que vous désirez, madame, je tâcherai de vous l'atteindre.