—Une petite flûte de champagne.
Mérigue opéra sans accident le transport du rafraîchissement demandé. La duchesse y trempa à peine ses lèvres, rendit le verre à Jacques et lui dit:
—Il y a trop de foule ici. Pas moyen de causer tranquillement. Voulez-vous me conduire à la serre du premier étage?
Jacques arrondit son coude et la grande promenade recommença à travers les habits distendus et les traînes froissées. Blanche, toute palpitante d'émotion, ne savait plus quelles phrases adresser à son partenaire implacable, et Mérigue, domptant par sa volonté les frémissements de son âme, paraissait insensible aux charmes suspendus à son bras inerte.
Il leur fallut vingt minutes pour aboutir au jardin d'hiver. Il était presque vide, tout le monde se pressant au salon principal où le cotillon allait commencer.
Blanche prit place sur un divan et contraignit pour ainsi dire son acolyte à s'asseoir auprès d'elle.
—Ce cotillon ne vous dit pas grand'chose, n'est-ce pas, monsieur de Mérigue? lui demanda-t-elle en manière d'exorde. Je serais certainement désolée de vous enlever à un spectacle susceptible de vous intéresser, mais je crois vous connaître assez pour être certaine que le déroulement banal de toutes ces ondulations vivantes vous laisse aussi froid qu'il me laisse indifférente.
—Vous me jugez bien, madame.
Blanche fut ravie de cette petite réponse, pour le moins aussi banale que les figures du divertissement chorégraphique. Elle estima que la glace était rompue et, dans les échos bruyants de l'orchestre qui parvenaient jusqu'au berceau de verdure où elle était abritée, elle crut entendre les fanfares de sa victoire prochaine.
—Êtes-vous méchant tout de même, monsieur Jacques, soupira-t-elle tout à coup avec un de ces sourires à faire damner tous les anges du ciel. Voyons, avouez-moi que vous êtes méchant?