—Pardon, madame, je ne me suis jamais plaint à personne de ma pauvreté.

—Je vous dis que je bénis Dieu, parce qu'ainsi je pourrai, autrement que par des paroles...

—Assez, madame, assez. Vous aggravez les anciens opprobres...

—Je vous aimerai tellement que je vous forcerai à m'aimer.

—Ne me contraignez point à concevoir pour vous un autre sentiment dont le nom arrive sur mes lèvres...

Blanche pâlit horriblement, quant à Mérigue un tremblement involontaire agitait tous ses membres. L'amour et la fierté se livraient en lui un suprême combat.

—Adieu, dit la duchesse après un moment de silence, je vous pardonne à mon tour l'humiliation que vous m'infligez.

VIII

DIVERSION

Après son entretien avec la duchesse, Jacques était retombé dans toutes ses perplexités et dans toutes les amertumes de son âme. Le contentement qu'il ressentait de sa victoire s'effaçait rapidement sous l'impression croissante de ses regrets et de sa douleur. Dans la crainte où il se vit de succomber aux appels enchanteurs de la sirène qui avait juré de l'ensorceler, le poète prit immédiatement la résolution de se jeter sans plus tarder dans les tracas sans nombre et les travaux multiples résultant d'une candidature à la Chambre des députés. Il fit insérer le soir même une note dans les journaux et se rendit chez le président du comité royaliste. Cette assemblée venait d'être réorganisée sur des bases entièrement nouvelles. Les braves gens un peu vieux et un peu mous avaient été remplacés par des personnages plus jeunes, plus actifs et possédant une certaine habitude des choses politiques et parlementaires. Jacques espérait trouver auprès d'eux un accueil plus chaleureux et surtout plus effectif qu'auprès des vénérables bornes-fontaines qui lui avaient récemment donné leur appui moral assaisonné d'un petit blâme. Le président actuel du comité était un homme d'une soixantaine d'années qui avait rempli sous l'Empire d'importantes fonctions diplomatiques.