M. Gilet tomba aux genoux de Mérigue. D'abondantes larmes s'échappèrent de ses yeux si peu accoutumés à en verser et de profonds sanglots soulevèrent sa poitrine où personne n'avait jamais soupçonné un coeur.
—Je vous en supplie, Monsieur de Mérigue.
—C'est inutile, répondit Jacques violemment ému, mais encore plus exaspéré par l'insistance de son interlocuteur.
—Monsieur Jacques... Monsieur Jacques, au nom de ma vie qui vous appartient puisque vous l'avez sauvée, ayez pitié de moi; admettez-vous que vous devant l'air que je respire et la lumière que je vois je devienne aujourd'hui le bourreau de votre honneur?
—Relevez-vous, Monsieur le commissaire, les sentiments que vous manifestez vous élèvent et vous glorifient; aussi, soyez en bien persuadé, quoi qu'il puisse arriver, je ne vous en voudrai pas. Ma résolution est irrévocable, et croyez bien que si elle devait céder à une considération quelconque, ce serait à la douleur de l'honnête et brave homme que vous êtes: Donnez-moi la main, Monsieur Gilet.
Le commissaire serra fièvreusement la main que lui tendait le poète. Puis il lui dit: Promettez-moi au moins de passer la frontière cette nuit. Je retarderai jusqu'à demain l'envoi de mon rapport à la préfecture de police. Fuyez, fuyez, vous en avez le temps. Partez ce soir même pour la Belgique, demain ce ne serait plus possible.
—Jamais, Monsieur, ce serait avouer que je suis coupable!
XII
LE LECTEUR DE LA DUCHESSE.
De retour à l'hôtel de Largeay, Blanche fut saisie tout à coup d'un violent désir de posséder Jacques. Son animosité contre lui n'était point calmée, mais le souvenir de la scène qui venait de se passer, le tableau de l'homme qu'elle admirait s'élançant sur elle, la saisissant d'une main terrible et la frappant au visage, ce tableau se reproduisant en son imagination avec une puissance étrange, excita dans l'âme et dans les sens de la duchesse, une attraction irraisonnée et invincible vers celui qui depuis deux mois remplissait toutes les aspirations de sa vie. Elle répéta à son mari sèchement et brièvement le récit qu'elle avait fait dans le cabinet du commissaire et Largeay lui répondit: