—Bien, mon enfant, mais sachez que ceci n'est rien. Il faut expier et réparer. Je vous épouvanterais si je vous exposais comment les chrétiennes des temps anciens auraient fait pénitence de pareilles indignités. Qu'auriez-vous cependant à m'objecter si je vous disais: «Pour recevoir l'absolution, vous confesserez à la justice toute l'étendue de votre crime, vous consentirez à être avilie à tous les yeux, vous subirez dans quelque prison obscure, côte à côte avec la lie des misérables, la peine édictée dans les codes humains contre la calomnie et le faux témoignage; après cette expiation préliminaire et insignifiante, vous revêtirez une robe de bure dans un monastère de carmélites, et, séparée à jamais du monde par une grille de fer, vous pleurerez toute votre vie la honte et l'horreur de votre forfait.» Dites-le-moi, en vérité, si je vous tenais un pareil langage, trouveriez-vous dans votre coeur ou dans votre conscience la force de me répondre: «Mon Père, vous dépassez la volonté de Dieu!»

—Grâce, grâce! murmurait la duchesse agenouillée.

—Debout, madame, vous ne pouvez rester ainsi... Eh bien! si vous eussiez vécu au temps de la primitive Église, une pénitence semblable vous eût été imposée. Mais Dieu proportionne la rigueur de ses ordres à l'abaissement de nos caractères et à la lâcheté de nos moeurs... Voici la réparation que je vous demande d'accorder à votre victime... Vous m'autoriserez verbalement à écrire à sa famille désolée, que M. de Mérigue a été condamné sur de fausses apparences, et que le fait qui a donné lieu aux poursuites est tout entier à son honneur. J'ajouterai que l'auteur, repentant des infortunes de ce jeune homme, m'a chargé expressément d'être auprès des siens l'interprète de la vérité...

—Mon père, répondit la duchesse, qu'il soit fait ainsi que vous le décidez.

—Et maintenant, ma pauvre enfant, priez le bon Dieu qu'il vous pardonne...

L'abbé de la Gloire-Dieu se leva sur ces dernières paroles. Il salua la duchesse anéantie et sortit lentement. Quand il se fut éloigné, Blanche entendit un pas rapide approcher du salon. La porte s'ouvrit bientôt. C'était Robert de Vaucotte.

—Ah! chère cousine, s'écria-t-il, vous êtes enfin libre!

La duchesse considéra le Saint-Cyrien avec la stupeur d'une personne qui passerait subitement de l'audition du Dies iræ à l'exécution d'un opéra bouffe. Elle laissa errer sur le futur cavalier un regard empreint d'une compassion dédaigneuse.

—Eh bien! cousine, poursuivit Robert, quelle lecture désirez-vous que je fasse ce soir?

Blanche lui répondit: