—Lisez donc dans votre Indicateur l'heure prochaine du train de Versailles!
XVII
MISÉRICORDE!
En sortant du Ministère de la justice, M. Gilet s'était immédiatement rendu auprès de Jacques et lui avait fait connaître qu'il allait être gracié. Une scène émouvante eut lieu entre ces deux hommes que des circonstances bien singulières avaient réunis par les liens de l'amitié.
L'ancien commissaire, qui avait espéré un acquittement, n'estimait point avoir payé sa dette de reconnaissance et accusait lui-même son impuissance et son incapacité.
Le poète, au contraire, peu habitué à voir pratiquer autour de lui des actes d'abnégation, était profondément touché à l'aspect de cet homme qui venait de briser sa carrière pour venir le défendre.
—Si l'un de nous reste l'obligé de l'autre, dit-il à M. Gilet, c'est moi sans aucun doute. Le service que je vous ai rendu m'a coûté un simple geste, un mouvement de bras, le premier passant venu eût agi de même, tandis que vous vous êtes sacrifié, et je déclare hautement que je ne connais pas deux hommes au monde capables de tenir une conduite comme la vôtre.
Dès qu'il eut la certitude d'être gracié, Jacques de Mérigue fit ses préparatifs de départ. Tous ses plans étaient renversés, toutes ses espérances ruinées, tous ses rêves évanouis au vent de la réprobation publique. Il n'avait plus qu'à reprendre le chemin de son pauvre Limousin et à passer auprès de sa famille le reste d'une vie obscure et inutile. Cette pensée l'accablait. Se voir dans toute la force de l'âge et du talent, avoir pleine conscience d'une énergie et d'une valeur universellement admirées, s'estimer légitimement capable d'arriver aux destinées les plus brillantes, et, subitement, pour jamais, d'une façon irrémissible, se briser les reins dans une chute ignominieuse!
Et ce n'étaient pas là ses plus cruelles réflexions.
Ce qui infligeait à son âme une incomparable douleur, c'était l'idée que son vieux père, sa mère, tous les siens, pourraient le croire coupable en dépit de ses dénégations. Joseph de Mérigue avait écrit à son fils qu'il ajoutait foi à ses protestations d'innocence, mais qu'il le suppliait de lui dévoiler toute la vérité.