Or, Jacques se regardait comme tenu d'honneur à ne plus révéler à personne les tristes circonstances de son malheur. Il avait tout avoué à son ami le baron de Sermèze en vertu de cette disposition d'esprit, singulière peut-être, mais bien fréquente, qui établit entre les amis intimes des liens plus étroits que les liens même de la famille.
La confidence faite au duc avait été le corollaire obligatoire, on s'en souvient, de la révélation faite à l'ami. Actuellement Mérigue avait pris, au sujet de son infortune, la résolution d'un silence éternel, sans se dissimuler que cette ligne de conduite ferait naître autour de lui de bien pénibles soupçons. Il était abîmé dans ces réflexions quand il reçut la visite de l'abbé de la Gloire-Dieu.
—Comme je m'y suis engagé, lui dit le prêtre, je vous apporte une bonne nouvelle, mon cher enfant.
Mérigue regarda le premier vicaire d'un air triste et incrédule.
—Je suis en mesure, continua l'abbé, d'amener dans l'esprit de votre famille la pleine et entière conviction de votre innocence absolue.
—Ah! si vous faisiez cela, monsieur l'abbé, vous me rendriez la moitié de ma vie... mais vous m'étonnez beaucoup. Je nierai jusqu'à la mort, c'est tout ce que je puis faire.
—Ayez confiance en Dieu, Jacques, vous méritez une réhabilitation, c'est mon opinion inébranlable. Vous allez sans doute revenir au pays?
—Puis-je faire autre chose? Évidemment non. Les personnes les plus indulgentes m'accorderont leur pitié. Je suis fini. Je renonce à la conquête des astres.
—Non, non, cher enfant, quand on agit, comme vous l'avez fait, on va plus loin que les étoiles, on monte au ciel.
Jacques garda le silence, mais il comprit que l'esprit et le coeur du prêtre avaient l'intuition de la vérité.