—Tu es d’avis aussi, peut-être, qu’il faut le remercier quand il frappe?
—Eh bien! oui, affirma la croyante avec ferveur. Même alors, je te bénis, ô Père!
—Moi aussi, fit Viéra avec plus de pessimisme qu’elle n’en avait en réalité au fond de l’âme. Avec notre désabusé poète Lermontoff, je te rends grâces, Seigneur, des plaisirs variés de ce monde charmant... des espoirs vains de nos cœurs... de l’âcreté de nos larmes.. de nos rêves trompeurs perdus dans les espaces... de tout, enfin, mon Dieu! Puissé-je seulement ne pas trop longtemps te rendre grâces!... Oh! mamotschka, tu me regardes comme une cigogne qui trouverait un canard dans son nid à la place d’un de ses petits!
—C’est que je ne reconnais plus ma Viéra, dit la maman navrée.
—Mais moi, je te reconnais toujours, va, ma chère poule! jeta Viéra dans un baiser.
—Alors, puisque tu aimes Evguénï et qu’il t’aime, reprit Mme Erschoff revenant à sa chère idée, rien n’est plus simple: tu l’épouseras. C’est un beau parti!
—Il s’agit bien de cela! Mais, justement, c’est là l’«hélas!» qui a provoqué tant de scandale tantôt. Nous ne nous marierons pas!
—Je ne comprends pas.
—Tu n’as jamais compris...
—Parce que tu es trop compliquée.