—Dis-moi la pure et sincère vérité, Madeleine, suis-je belle?

—Non, pas belle, belle dans le vrai sens du mot; mais charmante, attirante au possible. Tes admirables cheveux cendrés d’une teinte si rare, tes yeux bleus... de quel bleu dirai-je?... Ah! j’y suis! du bleu honnête et clair de la fleur de gentiane; ton teint pâle, ta taille menue, sont un ensemble de grâce et d’harmonie parfaites.

—Alors, tu comprends que l’on m’ait aimée!

—Coquette! Et moi?

—Oh! oui, que je le comprends!

—Mais non! Je te demande comment je suis faite.

—Au premier abord, tu as l’air un peu déesse... un peu inaccessible... Le casque de tes cheveux noirs, ta taille qui paraît très grande et qui n’est en somme que moyenne; tes yeux sévères, ta démarche lente, imposent. Puis, d’un sourire, tu apprivoises les mortels!... Je crois que l’on peut dire de toi que tu es belle, classiquement belle. Tu as dû avoir beaucoup de succès dans ta carrière d’institutrice en Russie? Avoue-le, Made!

—Oui... Mais lesquels! fit la Française avec dégoût.

—On ne t’a jamais demandée en mariage?

—Si, une fois.