—Oh! celui-là ne m’a jamais mésestimée, ni offensée!... C’est l’être le meilleur, le plus noble qui soit, répondit Madeleine Burdeau avec chaleur! Mais je l’aime, lui, et il ne m’aime pas... C’est encore pis ainsi... Eh bien! non! corrigea-t-elle au bout d’un instant, même dédaignée, même sacrifiée, je n’ai pas à me plaindre! Je sais ce que c’est que le pur amour! Je suis fière de celui que j’aime et du sentiment qu’il m’inspire! Tout est bien. Au moins j’aurai vécu!... C’est que j’ai vingt-six ans, ma chérie!

—Tu ne les parais pas.

—N’importe! je les ai... et la jeunesse s’enfuit à grands pas!

—Comment est-il au physique, celui que tu aimes, demanda Viéra intriguée?

Ici, Madeleine Burdeau se troubla un peu; puis souriant pour donner un air léger au compromis de sa franchise, elle se mit à tracer l’inverse du portrait de Vadim.

—Assez petit,... blond,... barbe à la russe,... yeux bleux,... teint hâlé...

—Et Russe, lui aussi, comme sa barbe?

—Russe.

—Et ce petit homme blond n’aime pas la déesse que tu es?

—Apparemment.