—Tu as raison, sœur.

Madeleine Burdeau, elle, regardait Vadim avec douleur, et son cœur répétait tout bas: «Comme il l’aime! Ah! comme il l’aime!» ce en quoi le cœur mal informé se trompait, en somme, car Vadim était plus piqué par la réserve de la jeune femme, plus apitoyé sur sa grâce meurtrie, et plus attiré vers elle par un désir physique de vaincre sa longue résistance, qu’il ne l’aimait au vrai sens du mot.

—Vadim Piétrovitch, dit l’amie de Viéra au bout d’un instant de silence, je crois que vos arguments de tout à l’heure en faveur de Ioulia n’étaient qu’une théorie fantaisiste et non la démonstration de vos principes à vous. Vous me semblez être un fidèle, Vadim Piétrovitch!

Elle avait mis tant de tendresse et de mélancolie inconsciente dans ces mots, que l’étudiant troublé la regarda longtemps sans songer à lui répondre. Madeleine, gênée de la persistance avec laquelle les yeux du jeune homme restaient fixés sur elle, détourna la tête, et se mit à parler avec Viéra de choses indifférentes.

La calèche arriva ainsi devant la modeste gare de Tiétiéreff qui dessert Vodopad, au moment où le dernier coup de cloche annonçait le départ immédiat du train. Vadim n’eut que le temps de descendre de voiture et de faire l’assaut d’un wagon sans prendre de ticket.

—Au revoir, mademoiselle!—Viérotscka, au revoir!

—A bientôt, Vad! lui cria Viéra. Nous irons à Kieff un de ces jours. Bonne route!

—Au revoir, Vadim Piétrovitch, lança Mlle Burdeau à son tour.

—Quel air rayonnant tu as, Made, dit Viéra à la Française lorsque Andreï eut fait faire demi-tour à son attelage, et que la calèche roula de nouveau sur le chemin de la datcha! Tu vois, j’ai eu une bonne idée; cette promenade matinale t’a fait joliment du bien!

—Oui, acquiesça Madeleine de la tête.