Et tout bas elle se répétait à elle-même avec délices: «Oh! oui, oui, que cette promenade m’a fait du bien... plus que tu ne le crois, ma petite amie!»
Ceci était le résultat de la dernière attitude de Vadim.
Éternel grand enfant que le cœur! Une parole, un sourire, moins que cela, un regard, et le rouleau magique du cinématographe qu’est la vie change pour lui ses aspects moroses en images riantes, ses paysages déserts en oasis fécondes! Ah! que le cœur qui aime est donc puéril! Et combien peu de chose il lui faut pour être consolé.
XII
L’HIVER!... Le paysan en fête,
Avec son traîneau fraye la route.
Son cheval, sentant la neige,
Trotte insoucieusement
En traçant des sillons moelleux...
Une fière kibitka vole...
Le cocher, assis sur son siège,
Est vêtu d’une touloupe serrée par une écharpe rouge.
Ah! voilà qu’un gamin court!
Il a dans son traîneau un petit chien noir
Et joue lui-même le rôle de cheval.
Le gaillard! il a déjà gelé son pouce,
Il a mal... mais en même temps il rit
Et sa mère lui montre du doigt par la fenêtre!
Ce charmant tableau de l’hiver russe, que Pouschkine a tracé, se représente à la mémoire de Viéra, l’un des premiers jours de décembre, alors qu’assise avec Madeleine Burdeau dans un des coupés du train qui les transporte à Kieff, elle suit, à travers la vitre dégelée de la portière, le paysage que longe la voie ferrée. Cette année-là le froid a été long à venir; la neige n’a commencé à tomber que dans les derniers jours de novembre. Tant que l’automne était resté serein, tant que les fantastiques joyaux d’or bruni et les voiles mauves dont la nature se pare pour porter le deuil de l’été gardèrent leur poésie mélancolique, rien ne fut à regretter. Mais cette pluie sournoise qui vint changer en boue le sable des chemins, mais ce vent plaintif qui rendit sinistres jusqu’aux échos harmonieux de la forêt, mais ce ciel terne, cette brise glacée, ces bras piteusement tendus des arbres dénudés, de quelle tristesse maussade ils vinrent envelopper Vodopad!