—Ce n’est pas sa seule qualité... Mais je vois, mesdemoiselles, que vous devenez inséparables...
—Est-ce un reproche pour aujourd’hui, Vadim Piétrovitch?
—Dieu m’en préserve! Je constate seulement...
—Oui, intervint Viéra, nous sommes devenues de grandes amies. Madeleine consent à demeurer chez nous indéfiniment—ou du moins jusqu’à ce qu’une circonstance capitale, son mariage, par exemple, vienne nous l’arracher de force.—Je ne regrette qu’une chose, s’écria Viéra avec chaleur sans voir le geste de protestation qui accompagna les derniers mots de sa phrase, c’est qu’elle ne soit pas ma vraie sœur! Je m’entends bien mieux avec elle qu’avec Katia, c’est sûr.
Un tendre regard auquel Viéra sourit marqua la reconnaissance et la réciprocité des sentiments de Mlle Burdeau.
—Voilà. Le café est prêt et l’eau du samovar bout, jeta Marfa Timoféevna en montrant la table aux jeunes filles. Mangez, seigneuresses, et portez-vous bien!
—Katia et Serguié partent-ils définitivement demain pour Odessa? interrogea Vadim lorsqu’il se fut réinstallé à table près des jeunes filles pour un semblant de second déjeuner.
—Oui. Tu sais qu’ils ont passé toute la semaine avec nous, jusqu’avant-hier.
—Je les ai conduits moi-même à la gare, le jour de leur départ pour Vodopad. Ne vous l’ont-ils pas dit?