—Ah! Katia, ma Katia! fit Viéra suppliante, est-ce ainsi que nous devions nous revoir?... Ne sommes-nous donc plus sœurs?
—Eh! qu’est-ce qui te passe par la tête, maintenant! répondit la jeune femme en haussant les épaules. Avec toi, rien que des sentimentalités! Des sentimentalités toujours!
—J’ai mérité tes sarcasmes, dit Viéra noblement; mais ne connais-tu pas la sainte loi du pardon?
—Oui, répondit Katia, c’est l’éternel refrain! On fait mal, on offense, on meurtrit, et puis l’on implore indulgence et pitié!... Cela est aisé. Mais celui dont le cœur saigne, celui dont l’âme est mortellement froissée, quel remède lui apporte-t-on, à celui-là?... La douceur du pardon... Maigre compensation!
—La plus noble qui soit, interrompit Viéra. Pardon! oubli! Si l’homme n’avait pas reçu ces dons sacrés, la vie ne serait qu’une longue cruauté!
—Eh! elle n’est que cela! fit la femme de Serguié amèrement.
—Ne parle pas ainsi, sœur; tu n’en as pas le droit! prononça la jeune fille douce et ferme. Tu aimes, tu es aimée; tu as accompli ton rêve de tendresse; tout l’avenir est à toi, et tu maudirais la vie?
—Mais quel avenir? fit Katia avec un geste d’infini découragement. La guerre menace d’être longue. Qui sait si jamais Serguié me sera rendu? Quant à l’espoir vivant dont ma chair a tressailli pendant quatre mois, anéanti, celui-là, et à jamais!
—Il peut renaître, répliqua Viéra d’une voix tremblante.