—Eh! laisse donc? Qui va penser à de telles choses? répondit la petite idole, piquée de ce que quelqu’un osât émettre l’ombre seulement d’une critique sur l’harmonie de ses végétaux bien-aimés.

—Eh! mais, n’est-ce pas Viéra et Evguéni Nikolaïevitch qui sont assis là-bas? demanda l’étudiant. Ils ont l’air de statues en terre cuite...

—De ces vilaines statues comme on en voit dans les jardins des marchands, fit Nadia. Seulement, eux, ils sont gentils!

—On les prendrait pour des fakirs immobilisés pendant un quart de siècle dans leur fanatisme bramhique, ajouta Vadim. Ils sont assez pétrifiés et muets pour que les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids dans leurs chevelures.

—Oh! un fakir en robe de gaze empire!...

Et Nadia eut un joli rire clair qui fit écho entre les murailles de l’allée.

Un bouvreuil éveillé secoua ses plumes et s’envola, éparpillant à la brise du soir une pluie parfumée de petites étoiles blondes.

Les fakirs assis sur le banc de pierre s’émurent enfin. D’un commun accord, ils se levèrent, et, un peu rouges d’avoir été surpris en si complète extase, les yeux tout éblouis encore du rêve divin qu’un éclat de rire cruel était venu interrompre, ils se joignirent aux intrus qui, on le pense bien, ne leur épargnèrent point les plaisanteries de rigueur.

—Evguénï Onéguine... Tatiana Larina... salua Vadim.