—Vadim ne l’a pas encore vue, lui, l’allée des tilleuls. N’est-ce pas que tu ne l’as pas vue, Vad?... interrogea Sacha.

—Mais si, si, ma chérie; c’est une des curiosités de Boutcha; on la montre comme on montre les pyramides en Égypte, la tour qui penche, à Pise, le kremlin à Moscou... Ce matin, à peine arrivé, Irina Ignatievna m’en a fait les honneurs.

—Ça ne fait rien, allons-y tout de même, insistèrent les jeunes filles avec entêtement.

—Soit, allons-y.

Tous quatre obliquèrent à droite, puis à gauche, à gauche, puis à droite, et se trouvèrent enfin à l’un des bouts de l’allée aux tilleuls, celui par lequel Katia et Serguié, puis Viéra et Evguéni y étaient entrés, pour aller s’asseoir les premiers à l’extrémité opposée du cloître de verdure, les seconds à quelques pas de l’endroit où se tenaient les arrivants.

—Oh! l’exquise fraîcheur, le délicieux parfum! s’exclamèrent ensemble Mme Ilnitskaïa et sa sœur.

—Et quel sentiment de paix profonde, complète, se répand en vous à peine le seuil du sanctuaire dépassé! ajouta seule Maria Pavlovna. Vraiment, on ne pourrait pas croire, si l’on ne le sentait, que les choses extérieures, en apparence si indifférentes, soient capables d’exercer une influence tellement immédiate sur notre être moral!

—Les arbres sont beaux, dit Sacha en caressant l’écorce lisse d’un tronc comme elle l’eût fait d’une peau amie. Ils ont au moins cent ans, hein, Vadim?

—Bien plus que ça! Il y en a certainement dans le nombre qui atteignent deux siècles.

—Et dire que ça a de si mignonnes fleurs, ces géants-là! fit remarquer Nadia. Vois, Sacha, comme c’est drôle quand on compare ces troncs énormes avec les minuscules étoiles que voici.