—C’est beau, la jeunesse... jeune! fit Madeleine Burdeau, souriant à cet enthousiasme un peu trop démonstratif, peut-être, mais si sincère!

—Quel âge avez-vous donc, vous, mademoiselle, pour parler ainsi, demanda Vadim, qui pendant les derniers mots de Katia était venu se joindre au groupe? En France, il est impoli, je crois, de demander son âge à une femme; mais nous, les Russes, nous sommes plus... mettons plus ronds... Oui, combien de printemps comptez-vous, pour traiter ainsi la jeunesse comme une chose regrettée et lointaine?

—Oh! moi!

Le geste de Mlle Burdeau semblait dire: «Moi? est-ce que je compte, moi? La jeune fille qui, depuis sa sortie de pension, gagne sa vie parmi les étrangers, a-t-elle un âge?...» Pourtant, craignant que le jeune homme ne prît son silence pour une coquetterie puérile, elle finit par dire, tout de même:

—J’ai vingt-six ans, Vadim Piétrovitch. Mon passeport à l’appui, ajouta-t-elle avec un sourire déjà redevenu gai!

—On vous en donnerait vingt, sans compliment. C’est étonnant comme les Françaises se... conservent! Et pas dans du vinaigre, pourtant, comme disait pittoresquement mon précepteur, M. Rendon!... Sais-tu, Katia, que Mademoiselle a l’air plus jeune que toi?

—Que bien lui fasse, dit Iékatérina sans rancune.

—Mais le cœur, Vadim Piétrovich... l’âme! jeta Madeleine Burdeau avec mélancolie.

—Oh! fit Viéra, il ne faut pas avoir vingt-six ans pour que le cœur et l’âme vieillissent!