—Bonne nuit, Danilko!

Puis elle se remit en marche, faisant voler du bout de ses mignonnes bottes rouges les aiguilles de pin qui jonchaient le sentier...

Autour de ses hanches minces la jupe de paysanne bouffait; son tablier à fleurs se soulevait à la brise; le bout de son écharpe accrochait les buissons, et le jour pâle du soir, caressant les blancheurs de sa chemise, se reflétait sur ses joues lisses. A chaque pas les perles de son collier bruissaient et ses talons claquaient... Ils plaisaient aux regards de la petite idole, ces poétiques oripeaux exhumés du passé comme un songe... Ses doigts se caressaient à leurs plis; ses oreilles suivaient comme une musique berceuse le murmure de leurs froissements... Déjà sa pensée trouble prenait corps avec eux. D’une main nerveuse elle palpa son front, inquiète de n’y point trouver le symbole des fiancées ruthènes... «Mais où donc? murmura-t-elle; où, donc?» Puis elle se baissa, cueillit pêle-mêle des graminées, des fleurs, de jeunes pousses, des touffes d’herbe, et, gravement, se mit à former une couronne.


VIII

LORSQUE Sacha traversa le jardin de la datcha, Viéra inquiète épiait son retour derrière la glycine du perron.

En la voyant parée de ses atours de paysanne et surtout de l’invraisemblable couronne aux herbes flottantes qui entourait son front, la jeune fille dut se mordre les lèvres pour étouffer le cri qui était près d’en jaillir.

Cependant, impassible, l’idole continuait d’avancer. Elle chantonnait, en appuyant sur certaines syllabes, un air dont il était impossible de saisir les paroles. En passant près de sa sœur elle eut un mouvement de surprise, la regarda vaguement sans lui parler et passa outre.