Akim, le vieux serviteur, râtissait les allées du jardin.

—Oncle, bonjour!

—Toi, fils! Comment es-tu là? Est-ce qu’on ne se marie pas, aujourd’hui? Tu t’enfuis avant la noce? Ha! ha! ha!

Le mari de Mavra rit à gorge déployée. Danilo, bon enfant, sourit.

—Andreï est toujours là-bas, pourtant; est-ce qu’il se marie à ta place, peut-être?...

Nouvelle explosion de gaieté du facétieux Akim.

—Eh! il n’aurait pas tort! Une belle fille, Iouletschka! et qui ne mangera pas de pain au détriment de son mari. Une khata, euh! euh! une paire de bœufs, des terres!... Cela mérite, en vérité, qu’on boive un petit verre à son bonheur. Viens, fils, tu m’expliqueras, là-bas, ce qui t’amène. «Là-bas», c’était le petit logement au plancher de terre battue, aux murs faits de demi-troncs de sapins calfeutrés par de la mousse sèche, qu’habitaient dans les communs Akim et sa famille.

—Ah! c’est pour cela? dit le vieux lorsque son neveu lui eut exposé le motif de sa visite. Une vraie chance que Schmoul n’ait pas eu ses chevaux chez lui! Tu aurais seulement perdu quelques roubles. Notre barinia te donnera les siens avec plaisir; la télègue aussi; c’est une bonne âme; elle ne sait rien refuser. Par exemple, avec Andreï tu aurais eu un peu plus de mal, fit Akim en clignant des yeux. Ce diable! il aime mieux ses bêtes que son père lui-même!

Un gros rire, suivi d’une ample rasade de vodka, vint appuyer la plaisanterie.

—Toi, tu ne bois pas? Tu es jeune, c’est vrai! (Ceci, dans la bouche d’Akim, voulait dire: «Tu as encore tes illusions, tu n’as pas besoin de chasser les moroses pensées que la vie suggère à ceux qui savent.») Et puis, ce soir, hein! il faut que tu aies tout ton... esprit! Ha! ha! ha!