Puis elle fit sur la tête du prosterné le double signe de croix grec, et tous trois, se tournant vers l’icône, s’inclinèrent avec le profond respect des Russes pour les choses saintes.

Le visage d’Akim lui-même, malgré son nez bourgeonnant qui semblait toujours vouloir conter quelque histoire facétieuse, était ému... Et lorsque Danilo franchit la clôture de la cour pour regagner, par le chemin le plus court, la chaumière d’Evlampia, au lieu de l’accompagner par les lazzis avec lesquels il avait accueilli sa venue tout à l’heure, le vieux se gratta l’oreille sous ses longs cheveux rudes, et jusqu’à trois fois cracha par terre.


IX

L’ALLÉE des noisetiers est baignée d’un jour fauve où miroitent çà et là, comme les sequins d’un collier, de petites taches de soleil. Dans les ornières, des feuilles rousses se meurent. On n’est qu’à la fin d’août, et cependant, vers la vesprée, l’automne se sent déjà.

Vêtue du costume de paysanne ruthène que depuis sa convalescence elle s’obstine à porter, Sacha longe en chantonnant le bord droit de la route.

Son visage atone ne reflète aucune pensée. Elle marche, marche, pressée, dirait-on, d’atteindre un but.

Sur sa tête, une couronne aux fleurs vives mêlées de rubans, s’épanouit et rend singulièrement pâle la fine peau de ses joues. C’est Viéra qui la lui a tressée, cette couronne, avec des œillets, de la verveine, des roses rouges; Viéra, qui, seule avec Vadim, possède le secret de l’idée fixe implantée au cerveau de l’idole, et qui, de peur d’irriter le mal en résistant aux caprices de sa sœur, fait docilement tout ce que celle-ci veut.