—En tout cas, il met le temps à se déclarer, le tonnerre, remarqua Mlle Burdeau gouailleuse.
—C’est un chariot...
—Un équipage...
—Mais non, c’est la britschka du Juif. Je distingue maintenant le grincement habituel de ses roues.
—Alors, si c’est la bristchka du Juif, ça ne peut être qu’une visite pour nous, car il n’apporte la correspondance que le soir; mais qui se hasarderait à une course de trois milles, en voiture découverte, par une chaleur pareille?
—Maman a commandé de la viande à Kieff; c’est peut-être cela que Schmoul apporte en allant à Ermino?...
—Eh! mais, c’est Vadim! Vois, Viéra, sa casquette d’étudiant. Parole d’honneur, c’est lui!
—Si c’est un hôte, du reste, cela ne peut être que Vadim, car qui, sinon lui, courrait les routes par ce soleil torride? Il est si distrait, mademoiselle, notre cousin, qu’il ne sait jamais quel temps il fait, quelle heure il est ni dans quel endroit il se trouve! Vous verrez, c’est un type!
—Vadia, Vadia!... Ah! que tu es gentil, s’écrièrent les deux sœurs en s’élançant vers la grille à la rencontre du jeune homme,—car c’était bien, en effet, le cousin Dimitrieff qui s’avançait dans la bristchka du Juif et allait en descendre quelques secondes plus tard.
—Bonjour, sœurs! répondit la voix forte et claire de l’étudiant. Comment cela va-t-il depuis ma dernière visite? Ma tante est-elle remise de sa malaria? Viérotschka, appelle, je te prie, Akim pour prendre mes bagages. Je vous reste pour deux ou trois semaines, vous savez?