Assise sur le bord du char renversé, auprès du corps inerte de Danilo, Sacha suit devant elle un rêve dont le charme se reflète dans les prunelles ravies. Ses pieds ballants tapotent en mesure l’osier tressé de la télègue; ses doigts jouent avec des tiges de fleurs fanées rassemblées dans le creux de ses genoux; de temps à autre elle balance son buste, hoche la tête et murmure, comme en un accompagnement, l’air d’une vague chanson...
—C’est beau! dit-elle à Akim au bout d’un moment... C’est le tzigane qui raccommode les samovars... Mais qu’importe? Tu ne sais pas, tu ne comprends pas comment j’aime!...
Le vieux saisit maintenant: il crache jusqu’à trois fois par terre.
—Permettez, Aleksandra Piétrovna, dit-il en s’approchant de sa jeune maîtresse, nous allons rentrer à la maison.
—Et pourquoi? Nous n’avons pas fini.
—C’est qu’il est malade, lui, très malade; il faut le ramener à sa khata.
—Malade?...
—Oui. Venez, petite colombe. Ensemble! ajouta l’oncle de Danilo en soulevant d’un geste d’infinie douceur sa maîtresse de son siège et l’emportant vers le talus dans ses bras.
Pauvre vieux! il était dans son rôle, touchant et maladroit comme un ours qui bercerait un enfant...