Idéales Sympathies

Un jour, le Rêve ailé planant dans le ciel bleu,
Tout comme un libre oiseau qui dédaigne la terre,
Songeait dans son envol au long regard de feu
Des étoiles du soir se voilant de mystère.

Le bonheur, pensait-il, doit se trouver ici,
Dans ce stellaire Eden, d’où s’échappe la flamme,
La clarté, la chaleur, le rayon adouci,
Qui pénètre le cœur, émeut l’esprit et l’âme.

Et dans l’immense éther où se déploient mes ailes,
Dans ce vol aérien où flottent mes désirs,
Le souffle de ma vie aux sphères éternelles
Porte en hommage à Dieu mes chants et mes soupirs.

Je ne descendrai plus dans ce pays des fleurs
Où les papillons fous chagrinent tant les roses,
Les perles de l’azur ne troublent pas les cœurs
Et les rayons du ciel ont la pitié des choses.
. . . . . . . . . . . . . . .

Ainsi pensait le Rêve enivré de délices,
Quand soudain de la terre, il monta des sanglots;
Et ces bruits douloureux étaient sans artifices,
L’amertume d’une âme en débordait à flots.

Le Rêve n’y tint plus, et vers cette souffrance
Il dirigea son vol. Quittant là l’idéal
Et ses charmes divins, vers la voix il s’élance,
Oubliant un moment le monde sidéral.
. . . . . . . . . . . . . . .

Dans un buisson fleuri que longe un sentier vert
Errait seule en pleurant la Douleur éperdue;
Elle avait fui la foule et libre en ce désert
Confiait aux échos sa peine contenue.

La solitude est chère à qui voudrait pleurer;
Les regards indiscrets intimident les larmes,
Sur un frêle rameau que le vent fait trembler,
Les gouttes de cristal ont tout l’attrait des charmes.