Deux puissants souverains, depuis longtemps hostiles,
Résolurent un duel. L’émoi fut général,
Car les deux rois rivaux ayant prestige égal,
Rêvaient la palme d’or pour leurs causes subtiles.

Moi, dit la Tête fière, à mon appoint j’aurai
Tous les traits lumineux des savants et des sages,
Tous les actes d’éclat qui marquèrent les âges
D’un sillon glorieux et par eux, je vaincrai!

Et le Cœur aimant dit: Pour mon support, j’aurai
Des mères tout le zèle et les soupirs des vierges,
Le sang pur des martyrs et tombant sous les verges
Une Chair adorable et par eux, je vaincrai!

Les monarques luttaient, lorsqu’entre eux deux tomba
Une femme éperdue et poussant dans sa chute
Un long cri douloureux paralysant la lutte,
Un cri doux et profond... et le Cœur l’emporta.

Envoi
Pour vous, mon noble ami, qui trouvez l’équilibre
Si facile à garder de la tête et du cœur,
Sachez que chez la femme, il est à son honneur
Le triomphe du Roi qui si puissamment vibre!

La mort du Poète

A la mémoire de Louis Fréchette.

Si les cœurs qui t’aimaient t’ont fait un lit de roses,
Et consolé ton âme avec leurs dons de foi,
Leur tendresse à ta gloire a prodigué ces choses
D’espoirs et de regrets, dans un élan d’émoi.