La Nation en deuil voit sur tes lèvres closes
Expirer les doux chants de son poète-roi!
La Nature en amie, avant que tu reposes
Quand tu brisas ton aile, a sangloté sur toi.[2]

Tes accents se sont tus, mais ta sublime lyre
Aura son noble écho dans nos cœurs en délire
Aux heures de triomphe, aux jours d’adversité.

Du grand sommeil tu dors! mais ton esprit demeure
Bien vivant dans ton œuvre, et ne crains pas qu’il meure;
Ton nom brille au soleil de l’Immortalité!

Les Ombres

1er Novembre.

Dédiée à ma mère.

Ombres! que nous voyons errer dans la demeure
Où jadis vous goûtiez le doux bonheur d’aimer,
Revenez, revenez, en ces jours où l’on pleure,
Ecouter nos propos à l’ombre du foyer.

Ombres! que nous voyons flotter dans les ténèbres,
Les soirs où tout se tait, quand le vent seul gémit,
Revenez, revenez, et dans vos chants funèbres,
Dites-nous vos secrets, à l’ombre de la nuit.

Ombres! que nous voyons planer sur nos misères,
Nos ennuis, nos chagrins, nos regrets, nos douleurs,
Revenez, revenez, nos pleurs sont des prières,
Car l’oubli ne croît point à l’ombre de nos cœurs.