Ses ailes ont perdu l’essor
Et vers le ciel bleu qui le tente
Il voudrait s’envoler encor
Mais appréhende la descente.
Ses notes n’ont plus cet accent
Où vibrait sa vive tendresse,
Il s’en rend compte et se repent
D’avoir autant de hardiesse.
Malgré tout, il voudrait chanter,
Et dans l’effort de cette lutte
Il ne parvient qu’à soupirer
Le trouble auquel il est en butte.
Ma muse ingrate ne veut plus
Régler les cordes de ma lyre
Et dans ce désordre confus
Je vous fais part de mon martyre.
Migration d’Oiseaux
Petits oiseaux, cher peuple heureux,
Qui dédaignez le terre-à-terre,
Pourquoi vous faut-il d’autres cieux
Avec un climat moins sévère?
Vos gais trémolos sont si doux,
Qu’on les croit un besoin pour l’âme;
Si vous ne chantez plus pour nous,
Il nous faudra d’autre dictame.
Pourquoi partir quand on vous aime;
Nos cœurs voudraient vous retenir;
Pourquoi la nature elle-même
Vous porte-t-elle à vous enfuir?
Partez, partez, petits oiseaux,
Ne retardez plus le voyage;
Le vent a courbé les roseaux,
Et l’hiver fera bientôt rage.